Category: Événements

En février, le Fonds Égalité s’est rendu à la Barbade pour assister au Forum sur les féminismes noirs. Organisé par le Black Feminist Fund, cet événement a été une occasion unique de célébrer et d’honorer les contributions des féministes noir·e·s à travers divers mouvements sociaux, et constitue un exemple dynamique de partenariats et de collaborations féministes en action. Notre conseillère politique Meghan Theobalds partage ci-dessous son expérience du Forum. 

Quatre idées clés tirées de mon premier forum sur les féminismes noirs

Par : Meghan Theobalds

Au début du mois, près de 450 féministes noir·e·s du monde entier se sont réuni·e·s dans mon pays, la Barbade, à l’occasion du Forum sur le féminisme noir. Pendant cinq jours, un groupe de féministes déterminé·e·s, composé d’activistes, d’universitaires, de décideur·euse·s politiques et de bailleurs de fonds, s’est réuni en communauté pour célébrer, élaborer des stratégies, rêver, créer réseau et forger des alliances. Sous le thème « Créer des mondes féministes noirs », le forum constituait un espace permettant d’examiner honnêtement les questions suivantes : 

  • À quoi pourrait ressembler la création de mondes féministes noirs ?
  • Comment pouvons-nous faire avancer notre objectif collectif de création de mondes féministes noirs capables de révéler la beauté et la diversité de nos communautés ?

Il nous a également permis d’avoir des conversations franches les un·e·s avec les autres et de nous préparer ensemble pour l’avenir. Nous avons été encouragé·e·s à envisager un monde alternatif où chacun·e pourrait être libre et épanoui·e. 

Le Fonds Égalité a envoyé une délégation de cinq membres du personnel au Forum. En tant que groupe, nous avons écouté, appris et contribué aux nombreuses discussions sur les injustices sociales et les défis auxquels sont confrontés les mouvements féministes noirs. Cela a été une excellente occasion de nous réunir en personne avec nos partenaires bénéficiaires, de tisser des relations avec des alliés dans l’espace philanthropique et d’approfondir nos connaissances en matière de partenariats féministes

Participant pour la première fois au Forum, je ne savais pas à quoi m’attendre. Cependant, il ne faisait aucun doute que ce Forum et l’expérience que j’y ai vécue seraient très différents des espaces que je côtoyais habituellement. Le Forum s’est transformé en un véritable foyer pour toutes les personnes présentes et a montré l’importance de se rassembler en communauté et de l’importance des collaborations féministes. 

Il est difficile de résumer l’impact que le Forum a eu et il est presque impossible de partager toutes les idées que j’ai retenues. Pour le moment, je voudrais partager quatre enseignements clés.

1. La Barbade a été choisie de manière intentionnelle et, en fin de compte, comme lieu idéal pour accueillir le forum sur les féminismes noirs

Lorsque l’on a appris que la Barbade avait été choisie pour accueillir le forum, j’ai été ravie, mais pas surprise. La première femme Premier ministre de la Barbade, Mia Amor Mottley, est considérée par beaucoup comme une icône et une défenseure de la justice sociale, surtout dans les domaines du climat et de la justice réparatrice. La Première ministre Mottley a acquis une réputation bien méritée sur la scène internationale en tant que femme noire dirigeante qui n’a pas peur de contester l’injustice partout où elle la remarque, inspirant ainsi les personnes qui œuvrent en faveur de la justice sociale dans tous les domaines. C’est devenu évident lors de sa visite inattendue, lorsque des foules de participant·e·s l’ont acclamée et se sont empressées d’écouter ses remarques et de prendre une photo avec elle !  En tant que Barbadienne, je suis bien consciente de l’impact qu’elle a eu au niveau international, mais c’était toute une autre expérience d’en être témoin en temps réel. 

Une autre raison importante de se réunir à la Barbade à ce moment précis est l’engagement clair du pays en faveur de l’égalité des genres et de la philanthropie mondiale. Dans son allocution de bienvenue prononcée au nom de la Première ministre, la sénatrice Lisa R. Cummins, ministre de l’énergie et du développement économique, a réaffirmé l’intention de faire de la Barbade un pôle important de la philanthropie dans la région des Caraïbes. Ces remarques interviennent à un moment où il est malheureusement évident que les Caraïbes continuent d’être profondément sous-financées et que les causes féministes noires dans la région le sont encore plus. Selon une étude récente menée par Black Feminist Fund, seuls 18 % du financement mondial des droits de l’homme ou de l’aide au développement ont été affectés à des organisations des Caraïbes, tandis que 2 % seulement de ce financement ont été affectés à des mouvements féministes noirs. En outre, les rapports montrent que « la moitié des organisations de défense des droits des femmes » dans le monde ne disposaient pas d’un financement spécifique ou flexible pour les dépenses opérationnelles de base, ni d’un financement spécifique pour plus d’un an. » Au nom de la Première ministre, la sénatrice Cummins a réaffirmé l’engagement de la Barbade à attirer les investissements à impact social et à créer un environnement propice à l’engagement philanthropique dans toute la région.

2. Établir des liens dans des espaces exclusivement féministes noirs n’est pas seulement une bonne chose, c’est crucial pour le mouvement

La question des liens a retenti tout au long du forum. Les collègues qui communiquaient habituellement par e-mail et par Zoom pouvaient désormais élaborer des stratégies, débattre, échanger des idées, rire et danser en personne, créant ainsi une énergie électrique et positive qui s’est prêtée à l’environnement dynamique du Forum. Ce n’est pas tous les jours que près de 450 féministes noir·e·s de plus de 70 pays se retrouvent au même endroit. Le caractère unique et sacré de cette occasion ne pouvait être négligé ou nié. Pour beaucoup, le Forum a été un espace de courage bien mérité et un répit du travail épuisant qu’exige la lutte pour la justice sociale au sein des communautés. 

Comme l’a fait remarquer Ashlee Burnett, de Femenitt Caribbean à Trinité-et-Tobago,

il y a en fait très peu d’espaces dans le monde où vous pouvez voir des gens comme vous et dans des positions où ils et elles vous permettent de vous sentir en sécurité et d’apprendre à vous connaître. J’ai connu des espaces où la population était majoritairement composée de personnes blanches et où il a fallu me réduire et me rapetisser. Cet espace m’aide à me sentir libérée et libre.

En tant que militante de la justice sociale et féministe noire, le parcours peut s’avérer parfois isolant, même au sein d’une région majoritairement noire confrontée à des vestiges du colonialisme et de la bigoterie. Avant cette conférence, je me sentais un peu malmenée et blessée, mais des espaces comme celui-ci me permettent de me ressourcer et me rappellent pourquoi je fais ce que je fais. Cela me donne l’élan nécessaire pour poursuivre mon travail.

Keithlin Caroo, fondatrice et directrice exécutive de Helen’s Daughters à Sainte-Lucie, une bénéficiaire partenaire du Fonds Égalité.

Les rassemblements tels que le Forum sur les féminismes noirs privilégient les liens et la communauté et soutiennent l’infrastructure capitale des mouvements, notamment en créant un espace pour l’élaboration d’une vision et d’un programme collectifs, la création d’alliances entre les mouvements et la défense des droits.

3. Les espaces féministes noirs ont besoin de la sagesse de nos ancien·ne·s et de l’exubérance de nos jeunes pour faire avancer le mouvement

Un élément unique du Forum sur les féminismes noirs a été l’inclusion intentionnelle et significative des jeunes et des moins jeunes. Le Forum a accueilli des participants et participantes âgé·e·s de deux à 89 ans ! ! La journée des ancien·ne·s a été consacrée aux ancien·ne·s de la communauté qui ont ouvert la voie pour le reste d’entre nous dans les mouvements féministes noirs. J’ai eu le privilège d’accompagner Peggy Antrobus, pilier du mouvement féministe caribéen, militante, auteure renommée et universitaire de la Grenade, lors de son voyage de Toronto à la Barbade. Nous avons partagé des rires, des histoires et de nombreux souvenirs. C’était un exemple de l’approche intersectionnelle et intergénérationnelle unique du partenariat que mènent les féministes noir·e·s, une approche destinée à favoriser les liens entre les générations, à encourager le leadership dans les espaces négligés et à incarner la prise en charge collective.

Peggy s’est montrée enthousiaste à l’égard du Forum sur les féminismes noirs. Elle a déclaré que c’était le premier forum où elle était traitée « comme une reine. » Elle a expliqué que les réunions traditionnelles ne tenaient généralement pas compte des personnes âgées, qui ne sont peut-être pas aussi agiles, ni de celles qui ont des problèmes d’accessibilité. Elle a également fait remarquer qu’il était rare qu’une journée soit consacrée aux ancien·ne·s. Elle avait auparavant tout au plus assisté à une séance sur le vieillissement ou à un dialogue intergénérationnel. Pour Peggy, cela a renforcé sa conviction que dans les espaces féministes noirs, les ancien·ne·s sont apprécié·e·s et que vieillir ne signifie pas être mis·e de côté.

Le forum comprenait également un espace jeunesse, animé par Gabrielle Bailey, une jeune activiste, et une zone enfants animée par Lumumba, 8 ans, originaire de Colombie. J’ai passé un peu de temps avec Jamila Abbas de CHEVS, un collectif de jeunes queers, qui a déclaré :

Le Forum sur les féminismes noirs a été un espace de ressourcement dans le sens où je n’ai pas eu à m’expliquer sur ma politique, mes identités, mes expériences et c’est tellement rare. Cela m’a beaucoup aidée. J’essaie également de m’imprégner de l’opportunité de mentorat et d’en tirer le meilleur parti.

Il est clair que pour les jeunes comme pour les plus âgé·e·s, le Forum sur les féminismes noirs est un espace où l’on se sent vu·e, entendu·e et où l’on participe activement à l’avancement du mouvement féministe noir. 

4. Nous devons fournir des ressources aux féministes noir·e·s pour qu’iels puissent gagner

Le dernier jour du forum a été consacré aux féministes noir·e·s dans la philanthropie (BFiP), où le groupe a discuté des stratégies de mobilisation des ressources. Les recherches montrent que moins de 1 % du financement des fondations est affecté aux femmes noires, aux filles et aux personnes transgenres. Il ne s’agissait pas seulement d’identifier les problèmes, mais aussi d’approfondir les détails permettant de les surmonter. Les participant·e·s ont également pu discuter de l’impact de l’exploration des espaces philanthropiques en tant que féministe noir·e, en faisant part de leurs stratégies sur la manière de rester résilient·e face aux obstacles, aux défis et aux perceptions néfastes. 

Vanessa Thomas, responsable de programme au Black Feminist Fund, a partagé ses réflexions sur l’objectif de la journée BFiP et du Forum en général :

Le Forum sur les féminismes noirs permet aux participant·e·s d’être dans un espace avec des personnes avec qui ils et elles peuvent apprendre, contester, être en désaccord, penser, rêver et créer. Ce forum a transformé à la fois ce que les participant·e·s pensent pouvoir faire dans les espaces où ils et elles évoluent et ce que nous pouvons faire en tant que réseau. Nous ne sommes pas seulement des individus, nous sommes en fait une union de femmes et de personnes non-binaires qui veulent sérieusement financer le mouvement féministe noir. En outre, le programme a été conçu de manière à faire réfléchir les participant·e·s, à leur faire ressentir et voir des choses qui ne sont pas forcément dans leur contexte individuel.

L’équipe du Fonds Égalité s’est servie de cet espace et du forum en général pour dialoguer avec les activistes caribéen·ne·s sur leur vision d’un Fonds féministe caribéen suite à l’étude de faisabilité de 2022, «Si ce n’est pas maintenant, alors quand ? ». Les Caraïbes restent l’une des seules régions au monde à ne pas disposer d’un fonds autonome dirigé par un mouvement. La pénurie de financement dans la région signifie qu’un Fonds caraïbe indépendant, conçu pour et par les activistes caribéen·ne·s, pourrait grandement contribuer à combler le déficit de financement dans la région.

Ce sentiment a été partagé par d’autres personnes au cours des nombreux jours du forum, notamment par le Dr  Natalia Kanem, directrice exécutive du Fonds des Nations unies pour la population. Dans son discours inaugural, faisant référence aux femmes et aux filles noires des Caraïbes, elle a déclaré :

Nous comprenons la valeur stratégique que présente la mise en place de partenariats et le renforcement des mouvements et des organisations féministes noires à leur base. Il s’agit là d’un objectif louable pour la philanthropie féministe noire.

Créer des mondes féministes noirs

Nous avons besoin de plus d’espaces tels que le Forum sur les féminismes noirs. Il existe un fort désir de réunions en personne où il y a une co-stratégie et un rêve intentionnels. La mise en place de mondes féministes noirs prendra du temps et de l’engagement, et il est important de reconnaître que le parcours peut sembler isolant. Cependant, ces occasions de se retrouver en communauté nous apportent le souffle dont nous avons tous besoin pour nous regrouper, nous revitaliser et nous remettre en route. Participant pour la première fois au Forum des féminismes noirs, me réunir avec mes frères et sœurs m’a fait l’effet d’un « retour chez moi ». S’engager avec d’autres dans un espace d’affirmation et de ressourcement noirs a été libérateur et la joie noire s’est manifestée dans toute sa magnifique diversité.

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