Suivi, évaluation et apprentissage féministes

Une nouvelle approche en matière de suivi, d’évaluation et d’apprentissage

Au Fonds Égalité, notre volonté de transférer les ressources — et le pouvoir — aux mouvements féministes exige que nous perturbions et transformions toutes nos approches, de la philanthropie à l’octroi de subventions, en passant par les investissements et le fonctionnement au quotidien. 

Cette démarche doit aussi toucher nos façons de suivre nos progrès, d’évaluer nos réussites et nos échecs, et de comprendre les impacts que nous et nos partenaires produisons sur le monde. Le suivi et l’évaluation sont essentiels si l’on veut apprendre, croître et produire ensemble des retombées positives. Toutefois, ces pratiques ont souvent reproduit des rapports de force malsains, renforçant une vision hiérarchisée, fausse et néfaste sur la manière d’opérer des changements sociaux. Les stratégies voulant que les donateurs aient toujours raison inhibent le potentiel réel du suivi et de l’évaluation en ce qui a trait au rééquilibrage des forces et à l’acquisition d’une solide base de connaissances qui permettrait d’assurer la durabilité de ces changements. Au bout du compte, elles limitent en outre la capacité du Fonds Égalité d’estimer ses propres progrès, d’adopter une conduite responsable envers les mouvements féministes et d’apporter des améliorations au fil de sa croissance avec ces derniers. Nous croyons qu’une approche plus holistique est non seulement possible, mais aussi essentielle à la réalisation de nos valeurs et de notre vision. 

Des principes féministes au cœur de notre démarche 

Le Fonds Égalité s’est résolument engagé à intégrer une approche féministe pour le suivi, l’évaluation et la compréhension des impacts de ses subventions et travaux en collaboration. En pratique, cela veut dire que :

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Nous reconnaissons le pouvoir de ces activités

Nous reconnaissons le pouvoir de ces activités en comprenant que l’évaluation est une démarche politique, et qu’il y a plusieurs façons de « savoir ». Nous reconnaissons qu’il existe des expériences et des façons de voir multiples, en cherchant à comprendre les rapports de force structurels et systémiques qui touchent les filles, les femmes et les personnes non binaires d’horizons divers. Nous nous concentrons sur des explications narratives d’enjeux et de défis clés pour ensuite réaliser des analyses thématiques et qualitatives dans le but de mieux comprendre comment les changements sur le plan de l’égalité des genres s’opèrent réellement;

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Nous orientons nos actions sur la capacité d’agir

Nous orientons nos actions sur la capacité d’agir en travaillant avec nos partenaires bénéficiaires afin que le suivi et l’évaluation leur soient aussi utiles, qu’ils se les approprient et que ces processus ne soient pas vécus comme de simples exercices de reddition de comptes. Nous explorons des approches participatives et interactives pour nos activités d’apprentissage, mettant nos partenaires bénéficiaires à l’avant-plan. Nous nous efforçons de faire en sorte que nos rapports ne soient pas trop lourds et que la réflexion et la croissance y trouvent leur place;

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Nous comprenons que le changement n’est pas un processus linéaire, mais bien une démarche complexe

Nous comprenons que le changement n’est pas un processus linéaire, mais bien une démarche complexe : Dans la lutte pour les droits des femmes, les progrès sont souvent l’équivalent d’un pas en avant pour deux pas en arrière, et même peut-être un pas de côté. Le changement est complexe et non linéaire. Nous comprenons que pour connaître une réelle évolution au chapitre de l’égalité des genres, il faudra provoquer des transformations à divers niveaux — individuel et systémique, officiel et non officiel. Nous suivons cette évolution sur cinq plans, soit la sensibilisation et la capacité d’agir, les normes et pratiques sociales, l’accès aux ressources, les services et le pouvoir, les lois et politiques, de même que la création de mouvements. Nous estimons que l’évolution collective que nous recherchons nécessitera des investissements et des changements positifs sur ces cinq plans.

Principes clés d’une approche féministe pour le suivi, l’évaluation et l’apprentissage

Diagramme réalisé par Carol Miller, Gender at Work

1. Concevoir des démarches utiles pour les changements sociaux

Les organismes qui travaillent au sein des mouvements féministes ont des activités multiples, dont l’ensemble est toutefois axé sur un seul but, soit l’instauration de changements sociaux durables. Or, nous estimons que le suivi et l’évaluation ne devraient pas faire exception à cette règle. Tous nos processus, du choix des données à recueillir à la détermination des questions à poser, sont orientés par la même interrogation fondamentale : est-ce qu’ils nous rapprochent de nos audacieux objectifs de transformation profonde de la société? 

2. Transférer le pouvoir aux partenaires bénéficiaires

Nous pensons qu’il est essentiel que nos partenaires bénéficiaires s’engagent dans le processus dès le départ — qu’il s’agisse de définir la portée d’une évaluation, de formuler les questions de recherche, de sélectionner le mode de cueillette de données, de décider qui s’en chargera, ou encore de déterminer comment ces données seront utilisées.

3. Valoriser les femmes comme expertes et détentrices de savoir

Chaque jour de par le monde, des femmes font les frais de tant de nos plus importantes crises internationales, des changements climatiques à la pauvreté, en passant par l’inégalité et l’injustice. Par conséquent, notre approche reconnaît, valorise et priorise leur expertise et leurs connaissances essentielles quant à la résolution de ces crises.

4. Respecter la diversité et les contextes

Nos efforts de suivi et d’évaluation s’ancrent dans une approche hautement intersectionnelle. Nous savons que la race, la classe sociale, l’ethnicité, l’identité sexuelle, le statut d’immigration, les handicaps et de nombreux autres aspects de notre identité touchent chaque femme de différentes façons. Nous en tenons donc compte activement dans tous nos processus.

5. Redéfinir le rôle des personnes chargées des évaluations

Nous mettons en doute la notion voulant que les personnes chargées des évaluations soient des « expertes neutres et objectives ». Nous avons conscience de nos propres biais, valeurs et déséquilibres dans les rapports de force. Nous sommes d’avis que les meilleures équipes d’évaluation travaillent en tant que partenaires, facilitatrices et coapprenantes.

Que signifie le fait d’évaluer les impacts dans une optique féministe? 

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Prioriser les filles, les femmes, les personnes non binaires

Prioriser les filles, les femmes, les personnes non binaires et leurs réalités respectives, tout en portant une attention particulière aux dynamiques de genre et de pouvoir;

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Intégrer des perspectives féministes

Intégrer des perspectives féministes dans la compréhension des enjeux auxquels nous voulons nous attaquer, tout en valorisant les femmes en leur qualité d’expertes et de détentrices de savoir;

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Transférer le pouvoir

Transférer le pouvoir, dans la mesure du possible, en employant des approches participatives tout au long de nos processus décisionnels et d’apprentissage; 

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Réduire le fardeau de la reddition de comptes

Réduire le fardeau de la reddition de comptes et éviter d’être extractives. Axer les rapports sur l’apprentissage plutôt que sur les seules exigences en matière de responsabilité.

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