Conception et constitution

Réflexions sur notre première année en tant que Fonds Égalité

Il y a un an, nous nous tenions sur une scène pour annoncer, aux côtés de la ministre du Développement international et des Femmes et de l’Égalité des genres, Maryam Monsef, que le Fonds Égalité allait recevoir 300 millions de dollars canadiens pour constituer la plus grande institution féministe du monde. Ce fut une journée remarquable. Elle a marqué l’investissement le plus considérable en faveur de l’égalité des genres de la part d’un gouvernement. Mais l’importance de cette journée ne s’arrêtait pas au seul montant (bien que celui-ci soit effectivement substantiel), elle soulignait également l’approbation d’un nouveau modèle pour acheminer plus d’argent aux femmes, aux filles et aux personnes non binaires du monde entier.

L’annonce a été l’aboutissement de mois de travail acharné et d’établissement de relations avec un groupe diversifié de partenaires. Ces femmes extraordinaires ont partagé la scène avec nous, chacune représentant un organisme distinct. Nous avons misé sur notre confiance mutuelle et sur une grande idée. Le Fonds Égalité n’était rien de moins qu’une ambition radicale. Pour réaliser cette ambition, nous avions besoin de partenaires exceptionnels, de relations de confiance, d’une volonté de travailler avec ardeur et, très franchement, d’une ténacité hors du commun.

Au cours des douze mois qui se sont écoulés depuis ce moment mémorable, nous avons été mis à l’épreuve, poussés, remis en question et célébrés. Mais, par-dessus tout, nous avons beaucoup appris au fur et à mesure de la constitution du Fonds Égalité. Nous avons le privilège de fonder l’une des plus grandes institutions féministes au monde, et nous devons maintenant relever le défi de le faire au cœur d’une pandémie mondiale.

Il y a une première fois à tout. Nous bâtissons quelque chose de complètement nouveau. Nous n’avons aucun plan pour nous guider. Nous avons négocié en un temps record l’une des ententes de contribution les plus importantes jamais conclues avec Affaires mondiales Canada au nom d’un modèle inédit, que personne n’avait évidemment jamais financé auparavant. Élément nouveau pour tous, nous avons utilisé la co-création et la collaboration pour accélérer notre démarche plutôt que pour la ralentir.

La constitution d’une institution féministe est difficile, mais elle comporte son lot d’agrément. Il est essentiel de transformer le pouvoir, mais c’est en même temps une entreprise compliquée. Le Fonds Égalité rassemble sous un même toit (virtuel) des leaders et des rêveurs qui visent la même « étoile du nord », mais ont des idées différentes sur la façon de l’atteindre. Ce qui fonctionne au Ghana pourrait ne pas donner de bons résultats au Guatemala. Ce qui a du sens dans le monde de la finance pourrait tomber à plat pour les activistes féministes de longue date. Notre travail devient toutefois très stimulant lorsqu’il s’agit de chercher ensemble à bien comprendre tous ces facteurs.

Les gens sont d’importance primordiale. Le Fonds Égalité a rapidement formé une équipe d’experts en philanthropie, en investissement, en octroi de subventions et en sensibilisation qui a reçu le mandat d’acheminer le financement là où il est nécessaire pour produire le plus grand impact. Le recrutement d’un personnel et d’un conseil d’administration de féministes émérites et l’instauration d’une culture organisationnelle sans les avantages d’interactions en face à face ont constitué notre plus grand défi au cours de ces mois.

Conception et constitution forment un processus. En collaboration avec nos partenaires bénéficiaires, nos partenaires donateurs et notre réseau mondial d’activistes féministes, nous concevons des structures de financement et de responsabilité féministes. Comme l’ont toujours su les pionnières féministes auprès desquelles nous nous appuyons, il n’existe pas de feuille de route vers l’égalité. Nous en établissons donc une au fur et à mesure de notre progression. Notre processus de consultation en partenariat avec l’Association for Women’s Rights in International Development (AWID) est un exemple de notre façon de poser des questions difficiles, d’écouter les réponses et de remettre en question nos propres hypothèses.

La confiance est fondamentale. Nous avons rapidement appris que la confiance doit être à la base de tout ce que nous faisons pour bâtir le Fonds Égalité, de nos relations avec nos partenaires bénéficiaires et donateurs à nos relations quotidiennes entre nous. Cet aspect est devenu d’autant plus important durant la pandémie alors que nous sommes dispersées et travaillons de manière autonome. Si la confiance s’étiole, nous prenons du recul et réessayons.

Adapter notre travail pour répondre à la COVID-19. Nous avons commencé à modifier nos plans dès le mois de mars. Nous avons élaboré de nouvelles stratégies pour communiquer avec nos partenaires, mobiliser les donateurs et les investisseurs, et renforcer la cohésion et la culture d’équipe alors que nous faisons face à un monde dont l’évolution est devenue imprévisible. En transformant notre façon de travailler, nous avons également reconnu nos propres limites ainsi que le caractère essentiel de notre santé et de notre bien-être holistiques relativement à notre réussite.

La mise sur pied de cette innovation n’est pas pour les « petites natures ». La tâche est épuisante. Nous devons puiser au plus profond de nous-mêmes pour trouver résilience et détermination, car le Fonds Égalité est une nécessité aujourd’hui plus que jamais auparavant. Il est éprouvant de voir notre équipe déployer tant d’énergie, en particulier avec le stress supplémentaire de la pandémie et des autres façons dont les inégalités dans le monde se révèlent brutalement en ce moment.

Nous tenant aux côtés de ceux qui manifestent et expriment la douleur des Noirs aujourd’hui et tout au long de l’histoire, nous nous engageons à faire de l’antiracisme un principe central de nos valeurs féministes. La justice raciale est un enjeu féministe. Il est impossible de réaliser l’égalité des genres sans tenir compte de l’égalité raciale.

Notre engagement envers nos ambitions radicales est plus ferme que jamais, s’étant renforcé en raison des circonstances créées par la pandémie de COVID-19 ainsi que des manifestations mondiales contre le racisme anti-Noirs et des représailles qu’elles ont suscitées. Il nous importe au plus haut point de maintenir notre action axée sur les organismes de défense des droits des femmes et des mouvements féministes. Ils souffrent davantage, s’adaptent de manière innovante et nous incitent à redoubler d’efforts.

Si l’on considère ce qui est survenu au Fonds Égalité et dans le monde au cours des 12 derniers mois, il est difficile d’imaginer ce que nous réserve l’année qui viendra. Nous espérons que le monde saisira cette occasion pour se libérer des méthodes de travail traditionnelles qui n’ont jamais favorisé les femmes. Nous faisons preuve de courage, malgré la peur, et nous allons de l’avant.

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