Nouvelle étude : Voici ce qu’est une réponse féministe aux crises

Et si le monde entier comprenait les crises à travers le prisme des leaders féministes qui y répondent quotidiennement ?
Cette question a guidé notre réflexion lorsque nous avons réuni plus de 100 activistes, responsables gouvernementaux et bailleurs de fonds féministes pour une journée riche en dialogues et inspirée par notre nouvelle étude sur les réponses féministes aux crises. Avec pour toile de fond la 68e Commission de la condition de la femme (CSW), ce thème était particulièrement d’actualité.
Le contexte actuel est marqué par des conflits, des violences liées au genre, l’érosion de la démocratie, le recul de droits tels que l’autonomie corporelle, et des politiques anti-LGBTQI+. La notion de “polycrise” a donc résonné tout au long de la CSW, rappelant que la nature superposée et convergente des crises est une réalité à l’échelle de la planète.
Mais elle nous fournit également une feuille de route vers l’espoir. L’intersection des crises nous oblige à faire de même. Au Fonds Égalité, nous savons qu’une crise collective a pour remède une réponse collective. Il est évident que l’accumulation des défis posés par les crises nécessitera une collaboration entre des personnes issues de milieux très différents, qui disposent de leviers de changement variés. Tous doivent faire preuve de clarté et d’engagement envers un objectif commun.
Quelles sont les communautés dont les crises sont importantes ? Comment le terme “crise” est-il lui-même compris, défini et hiérarchisé, et par qui ? Dans quelle mesure une perspective féministe perturbe-t-elle les réponses habituelles à ces questions pour révéler une réponse plus puissante, plus politique et plus transformatrice ?
Les réponses urgentes à ces questions urgentes ne viendront pas de nous. Elles se trouvent dans la sagesse vivante et l’expérience profonde des leaders féministes, en particulier celles issues de groupes marginalisés. Or, trop souvent, leurs connaissances et leurs points de vue sont absents des réflexions et des réponses aux crises mondiales.
En 2023, nous avons commandité une nouvelle étude sur les réponses féministes aux crises afin de guider notre approche pour un nouveau volet d’octroi de subventions dédié à ce type de travail.
Le rapport, Dérouler la tapisserie : Tisser les thèmes et les stratégies de la réponse féministe aux crises, se penche sur les réponses aux crises menées par des activistes, des organismes et des mouvements de terrain, travaillant aux intersections du climat et de l’environnement, de l’espace civique, des droits humains, de la démocratie, des droits des personnes LGBTQI+ et des femmes, et des communautés autochtones. Il est rédigé par Kenza Yousfi, chercheuse principale, avec un complément de recherche de Madhura Chakraborty. Basés sur des entretiens avec des activistes et des fonds féministes et sur une analyse de la documentation existante, les résultats de l’étude seront utilisés pour amplifier les expériences et les points de vue des intervenantes féministes.
Ancré dans les enseignements concrets partagés, le rapport démontre sans ambiguïté que les crises sont structurelles, intersectorielles et fondamentalement politiques. Partout dans le monde, les crises ne se matérialisent pas de manière isolée, mais sont intimement liées aux vulnérabilités structurelles et elles exacerbent les inégalités existantes.
De leur côté, les réponses féministes aux crises partagent des caractéristiques clés : elles sont intersectionnelles ; centrées sur la communauté ; visionnaires et de long terme ; et axées sur la prise en charge.
Cette tapisserie dynamique des réponses féministes aux crises tisse ensemble huit stratégies :
Les organisations de défense des droits des femmes et les fonds féministes jouent déjà un rôle complémentaire dans les situations de crise et les opérations humanitaires. Pourtant, ils sont souvent négligés dans l’attribution des ressources humanitaires, car ils sont considérés comme des exécutants plutôt que comme des leaders qui mènent des stratégies et dirigent les interventions. Il existe tout un écosystème d’intervenantes féministes en cas de crise qui soutiennent les communautés oubliées ou hors de portée des gouvernements, des organisations internationales traditionnelles et des agences d’aide.
Le rapport met en lumière quatre façons dont les bailleurs de fonds gouvernementaux et institutionnels peuvent collaborer avec les intervenantes féministes et les fonds féministes :
La sagesse et la richesse de l’analyse, si présentes dans l’étude, ont pris vie lors des trois tables rondes organisées dans le cadre de notre événement durant la CSW pour discuter des résultats de l’étude. Cet échange captivant a reflété la manière dont l’étude a trouvé un écho et a été validée par les participantes, tout en élargissant les réflexions contenues dans notre rapport, plantant ainsi les graines d’une discussion plus approfondie à l’avenir.
En voici les principaux enseignements :
Les participantes se sont accordées sur un point : des stratégies audacieuses sont nécessaires pour soutenir vigoureusement la réponse féministe aux crises et établir des passerelles de collaboration humanitaire. Les crises présentent non seulement des risques, mais aussi des opportunités de renforcer les visions transformatrices et le travail des mouvements féministes.
Dans le cadre de notre engagement à appuyer les solutions, le Fonds Égalité lancera un appel à manifestation d’intérêt en juin, à travers notre volet d’octroi de subventions, “Se préparer, réagir et entourer”. Pour plus d’informations, consultez nos médias sociaux.
En tant que leaders féministes, notre travail commun est époustouflant par sa diversité, sa puissance et sa détermination collective. Malgré tout, nous devons trouver d’autres moyens de travailler entre mouvements et de collaborer sur différents enjeux. Notre tapisserie est puissamment tissée et nous pouvons l’agrandir pour consolider la puissance de notre réponse aux crises dans le monde entier.


