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Leçons Sur La Gouvernance Féministe

Leçons Sur La Gouvernance Féministe

Diana Abou Abbas et Sarah-Anne Gresham, deux leaders d’exception, achèveront leur mandat au sein du conseil d’administration du Fonds Égalité dans les mois à venir. Nous avons pris le temps de discuter avec elles pour en savoir plus sur leur parcours et recueillir leurs réflexions de vive voix. 

Diana Abou Abbas est consultante dans le domaine de la santé et des droits en matière de sexualité et de reproduction. Elle a été Directrice exécutive du Marsa Sexual Health Center au Liban et défend les droits des personnes LGBTQIA et des femmes depuis plus de vingt ans. Sarah-Anne Gresham est une féministe d’Antigua-et-Barbuda, cofondatrice d’Intersect Antigua et étudiante en doctorat dans le domaine des études sur les femmes, le genre et la sexualité à l’Université Rutgers.

En tant que membres du conseil d’administration du Fonds Égalité, Diana et Sarah-Anne font partie d’une équipe dynamique de dix-huit leaders qui guident notre organisation avec une approche de gouvernance résolument féministe. En tant que représentantes des partenaires bénéficiaires, Sarah-Anne et Diana incarnent cette approche, apportant leurs perspectives critiques au conseil d’administration, afin de s’assurer que nous prenons les mouvements féministes en considération et que nous leur rendons des comptes.

Cette pratique étant encore rare parmi les bailleurs de fonds, la nomination de partenaires bénéficiaires au sein de notre conseil d’administration est un moyen important de déplacer le pouvoir par le biais de nos propres pratiques organisationnelles. Cet engagement est fait sur le long terme : deux autres représentants ou représentantes des partenaires bénéficiaires occuperont ces sièges l’année prochaine.

Notre échange avec Diana et Sarah-Anne a été légèrement édité ci-dessous. Toute l’équipe du Fonds Égalité leur est reconnaissante de leur leadership et d’avoir si généreusement partagé leur sagesse. 

Sarah-Anne : Cela a été une expérience d’apprentissage incroyable. J’apprécie la façon dont le conseil d’administration accueille et encourage une variété de points de vue et d’approches en matière de gouvernance et de financement. En tant qu’universitaire spécialisée dans les études de genre, le fait d’être acceptée par le conseil d’administration à un moment où les études féministes, la théorie critique de la race, la théorie queer et d’autres domaines similaires sont menacés dans les universités et dévalorisés par le grand public, a été une source de validation et d’encouragement. 

J’ai également eu le privilège d’apprendre auprès des membres ayant une plus grande expérience des conseils d’administration et davantage de connaissances dans d’autres domaines, tels que les possibilités d’investissement et les modèles financiers, que je maîtrisais mal. Et surtout, j’ai apprécié la patience, la gentillesse et la passion de chacun et chacune. 

Diana : Pour moi, c’est une question de diversité géographique et professionnelle. Placer chaque membre du conseil d’administration sur une carte du monde, déterminer son pays d’origine, son lieu de vie, son métier, ses domaines d’expertise… C’est assez remarquable.

Dans l’ensemble, chaque membre fait preuve de sérieux et d’expertise, et en même temps sait s’amuser et démontre une grande ouverture d’esprit face aux nouvelles idées. Le niveau d’expertise collective est immense et chaque membre est prêt·e à partager ses connaissances avec vous. C’est une expérience très enrichissante.

Diana Abou Abbas : Je suis arrivée avec l’envie de donner et je l’ai fait. Mais en fin de compte, j’ai reçu beaucoup plus. Le fait de siéger au conseil d’administration du Fonds Égalité m’a poussée à en apprendre davantage sur la manière dont l’argent circule et change de mains, ainsi que sur l’impact que nous pouvons avoir sur ces processus en tant que féministes. 

Je n’ai pas les mots pour exprimer combien c’est formidable de me retrouver à la retraite annuelle du conseil d’administration et du personnel, entourée de femmes brillantes venues du monde entier. Elles sont au sommet de leur art, tout en étant capables d’employer des méthodes qui simplifient l’apprentissage de leur domaine de spécialité. 

Sarah-Anne Gresham : Mon parcours, à la fois en tant que partenaire bénéficiaire issue d’une communauté féministe caribéenne et anticoloniale, et en tant que membre du conseil d’administration d’un groupe engagé dans la réponse aux crises et le financement des mouvements féministes, m’a offert une perspective riche et diversifiée. L’une des leçons que j’ai apprises de ma conseillère, le Dr Brittney Cooper, et qui s’applique aux deux rôles, c’est de savoir quand doubler mes principes féministes et quand donner la priorité à mes relations avec les gens, au lieu de chercher constamment à atteindre la politique féministe « parfaite », qui est toujours insaisissable.

C’est une tension difficile à gérer. Comment pouvons-nous être stratégiques tout en restant fidèles à nos engagements féministes ? Comment nous rassembler, nous et les personnes dont nous avons besoin, sachant que chacun et chacune a des positions idéologiques, un langage et des connaissances différents ? 

Comment pouvons-nous tirer parti du pouvoir et nous organiser de manière plus durable et plus éthique ? Comment pouvons-nous refuser l’influence de l’immédiateté et de la facilité d’une organisation sur un modèle capitaliste, qui a permis à de nombreux mouvements fascistes de prospérer en recourant à des méthodes contraires à l’éthique, tout en tenant compte des besoins urgents des personnes qui subissent des préjudices en temps réel ? C’est une lutte difficile à mener, mais qui peut ouvrir la voie à des modèles alternatifs de soutien, au-delà des systèmes dominants intrinsèquement violents.

Diana : Qu’il ou elle n’hésite jamais à poser des questions ! Ce travail est compliqué, il existe de nombreux acronymes et différentes dimensions de l’histoire et du parcours du Fonds Égalité.

N’hésitez jamais à vous exprimer. Ayez confiance dans le siège que vous occupez. N’oubliez pas que le conseil d’administration et les membres de l’équipe ont consacré du temps et des efforts à la recherche de représentants ou représentantes des bénéficiaires et que ces personnes vous ont choisi·e ! La vérité, c’est que les membres ont besoin de votre point de vue au sein du conseil d’administration. 

Enfin, n’oubliez pas de rejoindre au moins un comité (un comité auquel vous pouvez contribuer et auprès duquel vous pouvez apprendre).

Sarah-Anne : Il faut du temps pour s’installer dans son rôle et il se peut que l’on ne se sente jamais complètement à sa place, ce qui n’est peut-être pas une si mauvaise chose. Nous vivons une période de déracinement et de violence continus. Il y a tant de crises urgentes qui exigent notre temps et notre engagement. Le sentiment de déstabilisation est une position nécessaire et productive. 

Pour les personnes sans expérience préalable d’un conseil d’administration (ce qui était mon cas à mes débuts), il est important de faire preuve de patience envers soi-même. Siéger au conseil d’administration d’un fonds de cette envergure exige d’apprendre un nouveau langage destiné à rendre plus lisible l’écosystème complexe du financement féministe, ainsi que tous ses pièges administratifs et juridiques.  

Diana : Je suis particulièrement enthousiaste à l’idée de pouvoir partager mes connaissances avec d’autres donateurs et donatrices féministes et d’autres organisations féministes, afin que ces personnes s’impliquent dans des investissements tenant compte de la dimension du genre. 

En outre, il est possible de démontrer que l’investissement dans les mouvements féministes a un impact durable sur la qualité de vie des femmes. 

Sarah-Anne : Je suis optimiste quant à l’engagement du Fonds Égalité à prendre les risques nécessaires en réponse à l’état actuel du monde. 

La direction du Fonds n’a pas hésité à dénoncer les systèmes de violence menaçant les populations du monde entier et à y répondre, y compris les génocides, les déplacements forcés et les violences basées sur le genre, de Gaza au Soudan, en passant par d’autres zones frappées par la terreur. J’espère que le Fonds Égalité travaillera à faciliter une plus grande interdépendance entre les bénéficiaires afin d’assurer la viabilité à long terme de l’organisation. Accorder la priorité aux mouvements, à leurs membres et à leurs besoins est un pas dans la bonne direction.

Le Conseil d’administration du Fonds Égalité propose un modèle de gouvernance féministe à la hauteur de l’ambition, de la rigueur et de la puissance de notre vision globale. En savoir plus.