Quelques leçons de nos partenaires féministes

avril 15, 2020

Le Fonds Égalité a appris beaucoup au cours des dernières semaines par l’intermédiaire de prises de contact et d’échanges réguliers avec ses partenaires* du monde entier. Voici les premières leçons tirées d’expériences sur le terrain qui serviront de fondements à nos actions et nos communications au cours des prochains mois.

1) L’action locale suscite le changement dans le contexte d’enjeux mondiaux.

Les ramifications de cette pandémie mondiale s’étendent de la Chine au Canada, des États-Unis à la République démocratique du Congo. Dans le cas présent, la qualification « mondiale » révèle que nous sommes tous touchés, même si nos systèmes, structures, frontières et normes sociales se caractérisent par des différences. Les méthodes locales varient et sont, en fait, cruciales à la gestion de la propagation de la COVID-19. Les gouvernements doivent prendre des mesures sévères pour protéger la santé publique, et il importe au plus haut point que les fonds pour femmes soutiennent les organismes féministes et de défense des droits des femmes dans les régions alors qu’ils en appellent à la responsabilité gouvernementale. Comme organisme subventionnaire, nous devons bien connaître la situation mondiale et nous concentrer particulièrement sur ce qui se passe à l’échelon local. Est-ce que cette approche ne devrait pas constituer la norme, qu’il s’agisse de réagir à un virus, à la violence à l’égard des femmes, ou aux deux à la fois?

2) Nous sommes tous exposés au risque, mais certaines personnes sont encore plus vulnérables.

Dans certains pays, le message sur la prévention de la propagation de la COVID-19 est clair : restez chez vous, sauvez des vies. Mais il n’est pas toujours possible de respecter ces consignes, en particulier lorsque le « chez-soi » est un espace exigu qui abrite une famille nombreuse. Un de nos partenaires en Inde nous a communiqué ceci :

« La situation est vraiment imprévisible et inquiétante. L’auto-isolement est impossible pour les membres de notre équipe qui vivent toutes dans des collectivités partageant un espace restreint où s’entassent des familles et colonies nombreuses — une pièce de 9,3 mètres carrés peut loger des familles de cinq à dix personnes. Nous sommes à la recherche de solutions pour celles qui ne peuvent s’auto-isoler. À l’heure actuelle, le renforcement du système immunitaire représente la meilleure solution. »

Les partenaires du Fonds Égalité s’inquiètent du sort des femmes et des personnes non binaires qui sont régulièrement victimes de violence chez elles et se voient maintenant obligées de s’auto-isoler avec leurs agresseurs. D’autres expriment des craintes pour les femmes et les filles qui ne pourront avoir accès à des soins en temps voulu, parce qu’elles vivent dans des collectivités qui, même en temps normal, limitent l’accès légal à des services comme l’avortement. Les partenaires qui œuvrent dans des zones de conflits nous rappellent que les risques pour la population sont encore plus grands durant une crise sanitaire, alors que le fonctionnement des structures gouvernementales n’est pas d’ordinaire axé sur la protection des résidants. Pour la collectivité LGBTQ+, la perte de l’accès à des espaces sécuritaires sur le plan physique peut devenir une question de vie ou de mort. Cela préoccupe grandement un partenaire du Fonds Égalité en République démocratique du Congo qui s’exprime en ces termes :

« Nous poursuivons nos activités, et nos besoins en matière de financement opérationnel se maintiennent. Nous vivrons très prochainement des temps difficiles et nous devons avoir les moyens de soutenir nos collectivités, particulièrement les personnes non binaires qui sont soumises à un risque plus élevé de transphobie. »

3) Planifier, protéger et s’adapter.

Comme un nombre de nos partenaires doivent réduire ou suspendre la prestation de leurs programmes externes, quelques-uns d’entre eux ont élaboré un plan d’action interne assorti de lignes directrices pour le télétravail, les ressources pour le personnel et les interventions d’urgence. Notre partenaire au Mexique a fourni à son personnel des denrées alimentaires et des produits d’hygiène pour deux semaines. En ce qui concerne les employés qui ne peuvent travailler à partir de leur domicile, les membres de l’équipe coordonnent entre eux les différentes périodes de présence au bureau afin de réduire les contacts au minimum. Certains partenaires approuvent des absences rémunérées et accordent des avances aux employés en prévision des temps difficiles à venir. D’autres ont demandé l’autorisation de réaffecter leur subvention pour donner la priorité à la distribution d’urgence de matériel sanitaire et à la sensibilisation. Par exemple, un collectif de travailleuses du sexe au Sénégal a demandé une réaffectation de fonds pour l’achat de masques, de désinfectant pour les mains et d’eau de Javel pour ses membres. C’est pourquoi il est si important que les organismes subventionnaires fournissent un financement souple.

4) L’accès à l’information ne devrait pas être un luxe.

Notre partenaire au Togo nous a communiqué le message suivant :

« Malgré l’annonce par les autorités que le virus n’est pas présent au Togo, l’inquiétude croît parmi la population. Nous nous demandons si nous avons réellement été épargnés, ou si notre pays n’est tout simplement pas outillé pour détecter ce virus. »

Les partenaires féministes du Fonds Égalité ne font pas que poser les questions les plus importantes, notamment à savoir pourquoi l’information n’est pas transmise des autorités vers la population, ils se demandent également comment sensibiliser davantage à l’information relative à la santé publique dans les collectivités. Certains organismes de femmes sont en mesure de diffuser à plus grande échelle des messages cruciaux en ciblant des groupes difficiles à joindre et en comblant l’écart de l’information du gouvernement et des autorités sanitaires. Mama Radio, une station de radio féministe de la République démocratique du Congo, justifie ainsi son maintien en ondes réalisé avec un personnel réduit au minimum :

« La radio joue un rôle crucial qui consiste à sensibiliser, informer et éduquer, particulièrement en cette période dominée par la panique et la peur. Les rumeurs à propos de la COVID-19 sont propagées et amplifiées sur les réseaux sociaux, ce qui peut entraîner la manipulation et la désorientation des membres des collectivités. »

En général, le fossé entre les genres dans le domaine technologique signifie que les femmes et les personnes non binaires ont habituellement un accès plus restreint aux technologies et font face à une plus grande violence sur les plateformes numériques. Le partenaire du Fonds Égalité au Soudan du Sud recherche activement des ressources pour certaines populations — comme les femmes qui travaillent aux marchés et manipulent des aliments, qui sont le principal soutien de leur famille et qui n’ont pas accès aux renseignements sur la COVID-19. Notre partenaire au Liban, bien qu’ayant suspendu toutes ses activités en personne sur le terrain, a constaté que nombre de réfugiées syriennes avec lesquelles il travaille disposent d’un accès adéquat à l’Internet. Il a été en mesure de communiquer des informations officielles en matière de santé par ce vecteur.

5) La solidarité nous aidera à maintenir le cap.

Un partenaire en Afrique occidentale a écrit : « La COVID-19 a bouleversé tous nos projets. Nous ne nous sentons plus en sécurité nulle part. » Il s’agit, en cette période de pandémie mondiale, d’un sentiment que nous sommes nombreux à partager, quel que soit notre contexte culturel ou statut socioéconomique. Nous avons également en commun un désir d’entrer en contact avec les gens malgré la distanciation physique, un mandat d’offrir de l’aide (de façon sécuritaire) aux personnes les plus vulnérables, et une vision pour créer un monde plus sécuritaire pour tous.

Nous vouons un profond respect, une grande reconnaissance et un soutien global à nos partenaires bénéficiaires qui continuent de risquer leur vie en première ligne avec courage et résilience. Nous apprenons en outre de militantes qui mettent en œuvre leurs propres solutions féministes aux enjeux mondiaux, tout en stimulant la création de mouvements et l’organisation féministe.

La COVID-19 a mis en évidence, et exacerbé, des écarts et inégalités qui existent depuis des générations. En temps de crise, nous avons l’occasion de proposer nos meilleures ressources et idées pour reconstruire le monde tel que nous le voulons pour l’avenir. Le Fonds Égalité collaborera de tout cœur avec ses partenaires au cours des prochains mois pour réaliser cette vision.

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*Dans ce blog, nous faisons référence aux organisations féministes que le Fonds Égalité soutient actuellement. Partenaires bénéficiaires du Fonds MATCH international pour la femme envers qui le Fonds Égalité s’engage à poursuivre son appui.

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